Parce que lorsque les entreprises se développent, les forêts peuvent en faire de même! - entretien avec Michał Paca, fondateur de «Forêt pour Toujours»

Chez 366 Concept, nous pensons chaque jour à notre Terre, c’est pourquoi, depuis plus d’un an, en partenariat avec la fondation «Forêt pour Toujours», nous plantons des forêts de feuillus riches en biodiversité en Pologne. L’objectif de cette fondation est de rendre sa terre à la nature, de l’aider à retrouver son état naturel, c’est-à-dire les forêts de feuillus, qui font actuellement cruellement défaut en Pologne.

Nous échangeons régulièrement avec Michał Paca au sujet des activités de la fondation, de la manière de choisir la terre pour la forêt puis de la replanter, de l’état des forêts en Pologne et des projets législatifs à venir de la Fondation. Michał est l’un des fondateurs de la fondation «Forêt pour Toujours». Il a le privilège d’admirer la Terre telle qu’elle est et souhaite la transmettre encore plus belle aux générations futures.

Michał, raconte-nous qui tu es et à quoi ressemble ton quotidien.

Au quotidien j’exerce mon activité d’entrepreneur. Dans le cadre de mes activités professionnelles, je m’occupe de la protection de l’environnement et de la gestion des déchets. Mais je m’implique également personnellement dans des projets de reforestation et les activités qui soutiennent l’éducation à la «School of Life»..

Pourquoi s’attarder à planter des forêts alors qu’au quotidien tu t’efforces de traiter les déchets t’impliques dans le bio-recyclage? Pourquoi ne pas prendre simplement soin de la nature, par exemple en nettoyant la Terre?

Le nettoyage est un processus curatif et, personnellement, j’en suis fatigué. Je continue de nettoyer après mes congénères mais tout en m’efforçant de trouver des solutions à la passivité de notre civilisation. Pour mon équilibre personnel, j’ai besoin de quelque chose de créatif, qui ne soit pas du nettoyage.

Revenons aux débuts de «Forêt pour Toujours». Avec qui as-tu créé la fondation?

La fondation est née grâce à tous ceux qui ont la volonté de replanter des forêts! Plus sérieusement, nous avons commencé tous les trois: Paweł Krzemiński “Krzemyk”, qui était le directeur de la Maison des Médias, et aujourd’hui président de la fondation, Karolina Rusinek, qui a fait don de son terrain à la fondation et y a planté le premier arbre, et moi. Nous avons tous les trois commencé avec une première forêt, et, cette année, nous en planterons plus de 30.

Tu as anticipé ma prochaine question! Vous allez donc replanter 30 forêts cette année?

Oui, et même plus! Il me semble qu’à la fin de cette année (2021) nous devrions avoir 40 nouvelles forêts «Forêt pour Toujours» en Pologne, plantées grâce à notre coopération avec divers partenaires.

30 à 40 forêts cela parait beaucoup à l’échelle d’une personne ou d’un groupe de personnes, mais n’est-ce pas trop peu à l’échelle de l’Humanité?

Bien sûr,on peut le voir ainsi, moi non. Je ne raisonne jamais à l’échelle du pays tout entier, car elle peut se faire oppressante. Au lieu de cela, je me demande si j’ai fait mon maximum pour la nature. Supposons que, dans la perspective d’une génération, nous décidons de rétrocéder 10% de la superficie de la Pologne à la nature.

Si l’on calcule le nombre de mètres carrés par homme au cours de son activité professionnelle, il s’avère qu’un adulte devra planter 3 m2 de forêt par mois, soit 36 ​​m2 par an, pour mettre en œuvre un tel plan. C’est un objectif tout à fait réalisable pour chacun d’entre nous!

Comment peux-tu être sûr que vos forêts seront vraiment éternelles?

La garantie la plus forte en ce qui concerne la durabilité de nos forêts est le fait qu’elles sont la propriété de la fondation, qui a elle-même été créée pour protéger ces forêts. En résumé, la fondation n’a pas le droit d’abattre ni de vendre la forêt. Elle ne fait que la posséder. Nous développons également des outils juridiques qui rendent l’abattage d’une telle forêt par des tiers très difficile.

Dans des cas très exceptionnels, nous plantons nos forêts «Forêt pour Toujours» sur des terrains qui ne nous appartiennent pas, et nous rédigeons un contrat qui respecte les valeurs de «Forêt pour Toujours». De mon point de vue, la meilleure façon de protéger nos forêts est d’impliquer directement la population dans ces projets. Il se crée alors un lien entre l’Homme et la nature. Il me semble que c’est un solide bouclier contre l’abattage de nos forêts par les générations futures.

Comment choisissez-vous les espèces d’arbres que vous plantez?

Les forêts de feuillus sont notre priorité, car elles font défaut en Pologne, où règnent les charmes, chênes, érables, frênes et les ormes. À vrai dire, les arbres à feuilles caduques ne sont pas aussi intéressants pour les industries que le pin, qui pousse facilement et rapidement. Un charme, lui (autrefois l’espèce d’arbre la plus présente en Pologne) a son propre caractère. Il ne pousse jamais droit et est donc assez contraignant du point de vue des forestiers. Nous aimons beaucoup les charmes et nous leur réservons beaucoup d’espace.

D’une certaine manière, on peut dire que vous préservez les forêts de l’abattage à jamais en y plantant des charmes!

C’est une conclusion à laquelle je n’étais pas arrivé jusque là!

Combien d’arbres avez-vous déjà plantés?

C’est difficile à dire car nous ne comptons pas vraiment. Si nous devions planter des arbres comme dans les forêts domaniales, nous planterions un arbre chaque mètre carré. Cependant, une forêt naturelle mature se comporte différemment. Par exemple, un arbre dominant peut couvrir jusqu’à 100 m2. Pour la plantation d’une forêt, il faut avoir à l’esprit la façon dont elle se comporte, livrée à elle-même. C’est pourquoi il est crucial pour la fondation de savoir quel type de surface nous rétrocédons à la nature.

D’accord, alors quelle superficie avez-vous plantée et quelle est la taille de vos forêts?

À ce jour, nous avons planté environ 20 ha, et après les plantations de cet automne, nous serons proche des 45 ha. Actuellement, la plupart de nos forêts fait environ 1 ha, mais nous créons également des complexes de 4 et 6 ha. Notre ambition est un projet de restauration d’une superficie de 200 à 300 hectares à son état naturel. De telles superficies abritent de grands prédateurs dans les forêts, permettant la création d’un écosystème forestier complet.

Donc, pour l’instant, ce sont des micro-forêts. Quels résultats ont-elles donnés?

Par exemple, elles affectent le microclimat, ce qui est très bénéfique vu les changements climatiques que nous subissons actuellement. Bien sûr, chaque forêt, même petite, purifie l’air, chaque hectare de forêt absorbe environ 7 tonnes de dioxyde de carbone par an. Les forêts de feuillus sont également des réservoirs d’eau qui la stockent mieux que les forêts de conifères ou les prairies.

Enfin, je voudrais ajouter qu’une forêt, même petite, est un pilier de la biodiversité. Ce terme, bien connu mais souvent mal apprécié, est la clé de l’endurance de la nature. Pour faire simple, plus une végétation est diversifiée, plus elle est susceptible de faire face aux changements climatiques ou aux pénuries d’eau.

On pense que la Pologne est l’un des pays les plus boisés de l’UE, est-ce le cas?

On pourrait penser que la Pologne est richement dotée en forêts, mais ce n’est pas le cas. Nous sommes en dessous de la couverture forestière moyenne en UE, et nos forêts sont également fragiles, car exploitées en monoculture de pins. Il est important de distinguer deux types de forêts: les forêts commerciales, utilisées par la sylviculture, et les forêts naturelles. À savoir que 98 à 99% des forêts polonaises sont des forêts commercialement exploitées.

Qu’en est-il de la sauvegarde des forêts? Envisagez-vous également d’acheter des forêts afin d’empêcher leur abattage?

D’un point de vue écologique, il est plus important de préserver les forêts existantes que d’en replanter de nouvelles. C’est également plus cher car il est deux fois moins cher d’acheter des terres où les arbres ont été abattus pour en replanter de nouveaux que d’acheter une forêt centenaire. Nous sommes donc très heureux de notre première collaboration avec 366 Concept dans le cadre du programme «Forêt pour Toujours». Ensemble, cette année, nous sauverons 2 hectares de forêt en Basse-Silésie. Une surface qui aurait été sinon abattue.

Comment les entreprises et les particuliers peuvent-ils soutenir la fondation?

Ils peuvent planter des forêts avec nous, ou devenir mécènes de la fondation en la soutenant. Nous sommes souvent touchés par la créativité des marques avec lesquelles nous travaillons. Par exemple, les entreprises dans le domaine informatique font appel à nous pour compenser leurs émissions de dioxyde de carbone. Une telle coopération lie sur le long terme l’entreprise à la fondation. Et nous en sommes ravis car, lorsque les entreprises se développent, les forêts en font de même.

Avez-vous d’autres rêves en dehors de la reforestation de la Pologne?

Oui, il y a une partie de notre activité qui est moins visible au quotidien. Nous voulons non seulement planter des forêts, mais aussi faciliter le retour de la terre à la nature. Nous luttons pour l’introduction d’espaces naturels socialement protégés en Pologne. Concrètement nous souhaitons que chaque citoyen puisse déclarer sa terre comme une «réserve privée», qui sera légalement protégée.

Quel est à ce stade l’avancement de ce projet?

Nous avons déjà rédigé un projet de loi. Nous recherchons un soutien législatif et nous échangeons avec les députés, les partis et les organisations environnementales. Un tel projet de loi permettrait la mise en place d’initiatives sociales et de parcs naturels disséminés.

Quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui se préoccupent de nos forêts? Avez-vous un message à faire passer?

Je leur recommanderais d’y passer du temps, aussi souvent que possible. Ma vie a changé grâce à la forêt, c’est grâce à elle que j’ai quelque peu levé le pied.